
"Chaque chef-d'œuvre est venu au monde avec une quantité déterminée de laideur. Cette laideur caractérise la lutte des gens créatifs pour dire quelque chose de nouveau d'une manière nouvelle", Thornton Wilder.
"Il est extrêmement difficile de ne pas avoir d'identité mais il est extrêmement difficile de savoir l'absence d'identité. Le chef-d'œuvre c'est de savoir qu'il n'y pas d'identité et de produire alors que l'identité ne l'est pas. (...)
Ce qui importe dans le chef-d'œuvre est avant tout une question d'identité et de ce qu'elle fait et de ce fait il ne doit pas en avoir", Gertrude Stein commentant les œuvres "surréalistes" de Gerhard Merz.
Si je vous ait fait part de cette petite définition du chef-d'oeuvre et accessoirement de la toile blanche, c'est car la dernière fois, avec mon copain, on s'interrogeait sur la signification de la toile blanche en art contemporain... Vous savez, cette toile avec que du blanc dessus...
Et bien, il y a quelques temps j'ai retrouvé un livre d'art dans ma bibliothèque qui en parlait très bien...
Même si j'ai cru à un moment que j'avais fumé des champignons hallucinogènes, j'ai tout de même tenté de comprendre la vision des artistes quant à "ce vide" comme je le conçois, moi.
Il serait alors question de non identité en opposition à l'identité qui fait traditionnellement un chef-d'œuvre. Enfin, je crois.
Et le texte que je vous ai mis au-dessus est véridique. A un moment, je me suis questionné sur le bien fondé de ces propos, écrits de plus pas un dénommé "Gertrude" (quel drôle de nom quand même)
. Là, à ce moment précis, j'ai eu un doute quant à l'exactitude ce ces quelques phrases métaphorico-philosophiques...
Mais bon, elles sont issues d'un livre issu du Printemps de septembre de l'année dernière, donc, bon, pourquoi douter?
Par Miss Lili, Jeudi 12 Octobre 2006 à 23:45 GMT+2 dans Article d'un moment (article, RSS)
Vos commentaires
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 00:47 GMT+2, par too banal
Bon, il y a le fameux "Carré blanc sur fond blanc, Kasimir Malévitch, né en1878, mort en 1935
Blanc sur blanc, carré sur cimaise, figure inimaginable ou image dénuée de figure, une toile nue où l'oeil erre ne sachant où se poser, là, ici, au-delà, hors ici, face à une énigme dépourvue de paramètres, sans queue ni tête, un drap vierge sans trame, brut, nous mettant devant notre propre stupeur, nous renvoyant à notre intime stupidité, si intime que le blanc a pris possession de nous : pas de filets pour se rattraper ni de clés pour pousser la porte de nos supposées connaissances, rien qui ne nous permette d’interpréter ce retrait, en deça de toutes lignes ou couleurs, nous voilà nus comme des vers, aphones, interdits, bouches bées, en proie à des phrases larvées, à des schèmes inopérants, une bouillie de pensées, avorton d'une faculté sensée représenter notre aptitude à "tisser des liens". L'assiette de nos certitudes craquèle, et là enfin nous comprenons le miracle de la vie quand il défie toutes nos interprétations. Malévitch avec ses formes géométriques, ses croix, ses carrés noirs sur fond blanc, puis blanc sur blanc nous déssaisi de tout. La provocation de Duchamp nous paraît presque bon enfant. Les portes de la perception se referment à peine ouvertes, chaque pas a déjà effacé celui à venir. Malévitch nous tétanise devant la probable hypothèse que toute parole restera muette face à ce monde-ci, que nous n'évoluerons jamais que pétris dans la pâte dans nos interprétations, une seule chose s'impose : le Carré blanc sur fond blanc de Malévitch est une expression qui convoque la parole de Lévinas qui puise elle aussi ses racines dans le tragique d’un siècle "dont l’horizon se serait éteint au fond d’un tableau monochrome". Oblitération totale...
Mais bien avant Malevitch, il y a le gand maître du haïku (poésie brèbe japonaise en 3 vers!) le poète Bashô qui nous a laissé çà :
Narcisse et paravent
l'un illumine l'autre
blanc sur blanc.
Ou cet autre de Ryata qui nous dresse un tableau noir sur noir :
Tombé de la nuit,
j'écoute le charbon tombant,
poussière, sur le charbon.
Le blanc, il y a plein d'artiste qui en ont fait leur cheval de bataille!
Quant à la question du chef-d'oeuvre, il n'y a qu'un seul critère qui tienne: celui de mes yeux et de mon coeur et tout le reste n'est que bla bla des critiques ...
Chacun de nous est un chef-d'oeuvre!
Too banal
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 00:52 GMT+2, par too banal
J'ai juste oublié de signaler que ce passage consacré à Malevitch est consultable directement chez :
portesurletoit.canalblog....
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 06:55 GMT+2, par Julia
Merci beaucoup à toi Too banal. Tu es très connaisseur dans le domaine du blanc... tu m'as appris des choses, et ça déjà en soi, c'est superbe. C'est pour ça aussi que j'aime les blogs...
Bonne, très bonne journée à toi!
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 10:25 GMT+2, par Kip
Qui, mieux que Gainsbourg dans sa célèbre chanson, a redonné ses lettres de noblesse à la laideur ?
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 14:25 GMT+2, par La fée carabosse
Sans entrer dans la signification du blanc dans l'art, je le conçois moi aussi comme un vide mais un vide positif (j'ai du mal à expliquer d'avantage, désolée).
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 21:23 GMT+2, par Julia
Kip > Pas mal ta référence... Bienvenue à toi, enfin, si tu comptes revenir. Non, même si tu ne comptes rien du tout...
Le Vendredi 13 Octobre 2006 à 21:29 GMT+2, par Julia
La fée > En fait, moi, je sais pas si je le conçois comme un vide positif ou non, en tous les cas, ce que je sais entre toutes autres choses, c'est qu'il ne s'agit pas pour moi d'un "chef-d'oeuvre"...
Pour moi, un chef-d'oeuvre" digne de ce nom serait plutôt une Joconde ou bien une des multiples oeuvres de Toulouse-Lautrec (je suis chauvine sur ce coup là, encore que j'adore ce qu'il fait)...
Voilà mon avis sur la question, que ça choque ou non (pour les puristes qui passeraient par là à tout hasard).
Le Samedi 14 Octobre 2006 à 08:39 GMT+2, par La fée carabosse
Pour moi non plus une toile blanche n'est pas un "chef d'oeuvre", c'est plutôt quelque chose d'émotionnel, de sentimental. Rien à voir avec un chef d'oeuvre qui pourrait être (pour moi) un Picasso, une Joconde (comme tu le dis) etc.